Nicolas Sarkozy m’a lu son Journal d’un prisonnier

Nicolas Sarkozy m'a lu "Journal d"un prisonnier"

J’ai achevé il y a peu la lecture du dernier ouvrage de Nicolas Sarkozy, Le journal d’un prisonnier. Ou plutôt devrais-je dire que j’en ai achevé l’écoute, puisque j’ai choisi le format livre audio. Dans ce billet, je vais partager avec vous ce que j’ai aimé dans ce livre, ce que j’ai moins aimé, et je terminerai par quelques considérations sur le format livre audio.

Contexte

Tout d’abord, resituons l’ouvrage. Pour rappel, Nicolas Sarkozy a été condamné le 25 septembre 2025 à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. La peine a été prononcée avec mandat de dépôt, c’est-à-dire avec ordre d’incarcération immédiate. Par ailleurs, elle a été prononcée avec exécution provisoire, ce qui fait que Nicolas Sarkozy, bien qu’il ait interjeté appel, a effectivement été incarcéré dans les jours suivant sa condamnation.

Dans Le journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy relate ses vingt jours de détention à la prison de la Santé à Paris. Le livre alterne description du quotidien carcéral, réflexions personnelles sur la foi et l’importance de la famille, et considérations politiques. Il a été publié le 10 décembre 2025 chez Fayard, et a été un grand succès de librairie, avec déjà plus de 200 000 exemplaires vendus.

Ce que j’ai aimé

On peut penser ce que l’on veut de Nicolas Sarkozy, mais son livre a d’indéniables qualités. Tout d’abord, on y trouve un style propre, formé de phrases plutôt courtes faisant se succéder en alternance descriptions factuelles et prises de recul. Souvent, le texte est comme scandé, mais sans violence. Il est empreint de candeur, celle d’un homme abasourdi par ce qui lui arrive.

Ce que j’ai vu surtout dans ce livre, et ce qui m’a ému, parce que chacun pourrait un jour s’y reconnaître, c’est l’histoire de quelqu’un à qui l’impensable, l’impossible même, arrive : être jeté en prison. On m’objectera qu’au vu des charges qui pesaient sur Nicolas Sarkozy, il pouvait bien se convaincre de cette possibilité. Voire que quiconque, dès lors qu’il a des responsabilités, devrait s’y préparer, pour bien mesurer justement l’étendue de ses responsabilités. Mais pour moi, dans ce livre, l’essentiel n’est pas là !

Ce qui m’a frappé, c’est l’expression maintes fois répétée, et avec une sincérité convaincante, de l’étonnement d’un homme face à l’absurdité d’une situation dans laquelle il se trouve pris.

La sidération, d’abord, devant le sentiment d’une injustice. D’une certaine façon, le rejet de l’absurdité du mal. Nicolas Sarkozy semble avoir vécu son incarcération comme une expérience kafkaïenne. C’est en ce sens qu’il touche notre humanité, ou en tout cas qu’il a touché la mienne. Nul n’est à l’abri de vivre pareille situation.

La sidération n’est pas l’incompréhension. Nicolas Sarkozy analyse son incarcération comme le fruit d’un acharnement motivé par la haine d’un certain cercle de journalistes et de juges militants à l’encontre d’un homme de droite. Malgré cette analyse, Nicolas Sarkozy n’en reste pas moins étonné. « Pourquoi tant de haine ? », pourrait-on dire trivialement. Toutefois, je vous invite à relire cette question, en oubliant un instant Nicolas Sarkozy et en la généralisant : « Pourquoi tant de haine ? » N’est-ce pas l’étonnement que chacun d’entre nous, pris dans le monde tel qu’il va, est en droit de ressentir ?

C’est peut-être cette interrogation métaphysique qui a engendré l’expérience spirituelle que Nicolas Sarkozy décrit dans son livre. Il n’en fait pas des tonnes. Il explique simplement qu’à un certain moment, le fait de prier s’est imposé à lui, comme une évidence, et que cela lui a fait du bien. Nicolas Sarkozy ne se fait pas d’illusion sur son état de sainteté : il avoue lui-même ne pas avoir toujours été un chrétien exemplaire. Mais enfermé entre quatre murs, seul, il a ressenti le besoin de se tourner vers Dieu.

Un homme en détresse se tourne vers Dieu. N’y a-t-il pas là une vérité profonde à méditer ?

Qu’importe si certains ricanent de cet élan mystique chez ce personnage haut en couleurs, comme de sa promesse d’aller à Lourdes s’il devait sortir de prison. Il n’en demeure pas moins extrêmement touchant dans ses confidences spirituelles.

Ce que j’ai moins aimé

Il y a bien certaines choses qui m’ont déplu dans Le journal d’un prisonnier, mais fort peu en vérité. Ce que j’ai trouvé un peu agaçant, c’est la distribution de bons ou de mauvais points à tel ou tel. Selon que les gens ont témoigné leur soutien à Nicolas Sarkozy, et selon le degré de leur soutien, ils se voient décerner dans l’ouvrage éloges ou au contraire critiques. J’ai trouvé que cela avait un petit côté maître d’école.

Je n’ai pas non plus été totalement convaincu lorsque Nicolas Sarkozy explique que l’esprit de vengeance lui est totalement étranger. Pourquoi, alors, avoir emmené dans sa cellule un exemplaire du Comte de Monte-Cristo ?

Mais dans l’ensemble, je n’ai pas regretté les cinq heures que j’ai consacrées à l’écoute du Journal d’un prisonnier.

Le format livre audio

J’en arrive aux considérations concernant le format livre audio. Ce n’est pas le premier que je « lis » (je ne sais pas trop quel verbe employer) : j’avais lu, il y a quelques années, Le Portrait de Dorian Gray, sous ce format. Mais disons que cela reste assez rare.

Avec le recul, je trouve que le format livre audio s’applique particulièrement bien aux récits autobiographiques. Le fait que ce soit Nicolas Sarkozy lui-même qui lise le Journal d’un prisonnier donne immédiatement de la chair au récit.

À plusieurs moments, on sent poindre l’émotion, on entend la voix qui se brise légèrement, de manière incontrôlée, ce qui rend tout à coup vivant un texte par ailleurs construit et travaillé.

Le livre a vraisemblablement été enregistré en studio, dans un cadre professionnel, pour assurer une qualité sonore optimale. On est donc loin d’une confidence au coin du feu. Mais la personnalité de l’auteur ressort aussi du timbre de sa voix, de la manière dont il « interprète » son texte.

Le format audio a aussi des avantages pratiques. Pour quelqu’un qui passe son temps à lire, à taper du texte sur un clavier, à fixer un écran, il offre un autre accès au contenu. Il mobilise certainement des parties différentes du cerveau, et repose les yeux. En revanche, il engendre une autre fatigue, auditive, et résultant du décalage entre ce que l’on voit (ex. : les couloirs du métro, la rue), et ce que l’on entend.

Au final, la principale limite que je vois au format livre audio, c’est l’impossibilité de marquer certains passages ou de prendre des notes. On ne peut pas non plus reparcourir les pages du livre rapidement pour retrouver un passage donné. L’intelligence artificielle pourrait lever à l’avenir certaines de ces limitations. On pourrait imaginer, par exemple, interrompre la lecture en prononçant « note ceci pour plus tard » ou « marque-page » ou encore « prends ceci en citation ». Cela pourrait fonctionner dans certains scénarios d’usage, par exemple au volant, mais pas dans d’autres, comme l’écoute dans le métro ou en faisant son footing.

Son footing quotidien, justement, c’est l’une des choses qui a manqué le plus à Nicolas Sarkozy pendant son incarcération. Il explique comment il y palliait, lorsqu’il courait sur le tapis de la salle de sport exiguë de la Santé, en faisant défiler mentalement des paysages dans sa tête. Voyons là un message d’espoir pour nous autres, prisonniers que nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre : il nous restera toujours l’imagination pour nous évader.


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