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IA et emploi : destruction, création ou déplacement ?

Article reflétant mes idées réalisé à partir d’un synopsis détaillé fourni à Claude Opus 4.7 (incluant ressources à utiliser et phrases à reprendre), amélioré au cours de plusieurs tours de conversation, puis édité par mes soins.

Que va-t-il advenir de l’emploi à l’ère de l’IA ? Destruction massive ? Création de nouveaux métiers ? Ou simple déplacement, comme à chaque révolution technologique précédente ? La question agite à la fois les économistes, les chefs d’entreprise et les jeunes en début de carrière, qui se demandent légitimement si leur emploi existera encore dans cinq ans.

Pour y voir plus clair, appuyons-nous sur une analyse récente publiée par Morgan Stanley. Elle pose un cadre solide, mais laisse aussi plusieurs questions ouvertes. Dans ce billet, nous allons en reprendre les principaux enseignements, voir ce qu’ils éclairent, et explorer ce qu’il reste à creuser au-delà.

Des signaux faibles… mais peu concluants

Les économistes de Morgan Stanley constatent d’abord que l’impact de l’IA sur l’emploi reste, à ce jour, modeste et étroit. Pas de saignée généralisée.

Le chômage progresse un peu plus vite chez les 22-27 ans exerçant des métiers très exposés à l’automatisation : analystes, comptables, juristes débutants.Ce qui frappe surtout, c’est leur profil : des diplômés, souvent issus de filières sélectives, exerçant dans des cabinets d’audit ou de conseil, ou encore des banques. Autrement dit, des jeunes professionnels avec un niveau de formation élevé, des revenus au-dessus de la moyenne, et des tâches essentiellement réalisées sur ordinateur. C’est là que se joue la rupture par rapport aux vagues d’innovation précédentes : l’IA ne s’attaque pas en priorité aux métiers manuels ou peu qualifiés, mais ronge les cols blancs en début de carrière, ceux dont le travail consiste à produire des documents, des analyses ou des recherches d’informations.

Autre indicateur intéressant, plus qualitatif, mentionné par l’étude : dans les earnings calls (les conférences trimestrielles où les dirigeants commentent leurs résultats face aux analystes financiers), le mot « déplacement » (displacement) revient désormais plus souvent que « création d’emplois » lorsqu’il est question d’IA. Un changement de vocabulaire qu’il faut prendre comme une tendance.

Un point de vigilance s’impose toutefois : nous avons trop peu de recul, et ces exemples restent statistiquement non significatifs. Morgan Stanley le reconnaît d’ailleurs : selon certaines méthodes d’évaluation retenues pour mesurer l’exposition à l’IA, le signal sur les jeunes travailleurs s’affaiblit nettement. Il y a du bruit dans les données.

La leçon de l’Histoire : déplacement plutôt que destruction

Historiquement, les révolutions technologiques ont conduit à des déplacements d’emploi plus qu’à des destructions, et le solde net a presque toujours été positif. C’est sur ce point que l’analyse de Morgan Stanley est la plus convaincante. Ses économistes ont passé en revue cinq grandes vagues d’innovation aux États-Unis, de la Révolution industrielle à l’Internet, et le constat est sans équivoque : à chaque fois, des emplois ont été supprimés, des secteurs entiers se sont effondrés, mais la productivité a fini par augmenter, de nouveaux métiers sont apparus et l’emploi total a progressé.

Quelques exemples tirés de leur étude :

  • Entre 1820 et 1860, l’industrialisation a fait chuter la part de l’agriculture dans l’emploi américain de 75 % à un peu plus de 50 %, mais l’emploi dans la manufacture et la construction a plus que doublé sur la même période.
  • Entre 1910 et 1950, l’arrivée de l’électricité, de l’automobile et des télécoms a vu les emplois administratifs tripler ; à la moitié du siècle, les cols blancs surpassaient les cols bleus.
  • Plus près de nous, l’Internet et les réseaux numériques ont laminé les emplois manufacturiers de qualification moyenne, mais ont fait exploser la demande dans le logiciel, la science des données et la cybersécurité. Et l’automatisation continue d’avancer : j’avais raconté ici comment une chaîne d’épiceries chinoises fonctionnait sans aucun vendeur.

L’exemple qui me parle le plus, et que j’avais évoqué dans mon billet sur le perroquet stochastique, est celui du typographe. Au XIXe siècle, c’était un métier prestigieux : un typographe savait lire, écrire, ponctuer, parfois même conseiller les auteurs sur leurs propres textes. Puis vint la Linotype, brevetée en 1885, qui permit de composer trois à cinq fois plus vite. Puis la photocomposition. Puis la PAO. Le métier de compositeur typographe a presque disparu, mais d’autres ont émergé : maquettistes, graphistes, designers de polices, spécialistes de la PAO… Le solde global a été nettement positif, à condition de raisonner sur des décennies.

Linotype

Et si, cette fois, c’était différent ?

L’Histoire éclaire, elle ne permet pas de prédire. Reste donc la possibilité que l’IA ne se comporte pas comme les précédentes vagues d’innovation, et nous fasse basculer dans un autre régime : celui où la machine ne complète plus le travailleur, mais s’y substitue. Morgan Stanley n’écarte pas cette hypothèse, et signale qu’elle conduirait à une croissance plus forte, mais aussi à une montée des inégalités.

Une étude récente menée par l’Université de Montréal, publiée dans Scientific Reports, apporte un éclairage utile sur ce point. En comparant 100 000 humains à plusieurs grands modèles de langage (GPT-4, Claude, Gemini…), les chercheurs montrent que l’IA dépasse désormais la créativité moyenne humaine sur des tâches de créativité linguistique. Mais les humains les plus créatifs (la moitié supérieure, et plus encore les 10 % les plus performants) gardent une avance nette. Comme le résume Karim Jerbi, qui a dirigé l’étude, l’IA est avant tout devenue « un outil extrêmement puissant au service de la créativité humaine ».

Traduction pour l’emploi : si vous êtes médian dans votre métier, l’IA risque de faire aussi bien que vous, voire mieux, à un coût marginal. Si vous êtes excellent, elle vous augmentera. C’est une frontière qui se déplace, plus qu’un mur qui s’effondre. Mais c’est une frontière exigeante. Cela rejoint d’ailleurs la question, que je posais récemment sur ce blog, de ce qui reste « proprement humain » dans une œuvre lorsque l’IA peut en produire une part croissante.

Si l’IA fait bouger cette frontière plus vite que les vagues précédentes, c’est peut-être qu’elle obéit à une autre dynamique. C’est précisément ce que postule Ray Kurzweil avec son paradigme de la singularité technologique. Selon Kurzweil, le progrès technologique n’est pas linéaire mais exponentiel, et il existe un point au-delà duquel les conséquences deviennent littéralement imprévisibles. J’avais évoqué Kurzweil dans un billet plus ancien, et son hypothèse mérite d’être prise au sérieux : si l’accélération est bien exponentielle, alors le délai d’adaptation dont a bénéficié le typographe (un siècle pour passer de la composition manuelle à la PAO) pourrait se compresser à une décennie, voire moins. La question n’est plus seulement de savoir si nous saurons nous adapter, mais à quelle vitesse.

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Embrasser la technologie : l’exemple de Jean-Michel Jarre

Pour finir sur une touche d’optimisme, tournons-nous vers Jean-Michel Jarre. Voilà un artiste qui, depuis cinquante ans, a fait de l’adoption précoce des technologies les plus modernes la matière même de son art. Il a popularisé les synthétiseurs avec Oxygène en 1976, inventé des instruments hybrides comme la harpe laser et a créé un style musical à part entière.

Le point intéressant, c’est que Jarre n’a pas créé cette musique contre les instruments existants : il l’a créée parce que de nouveaux outils étaient apparus. C’est là, peut-être, le bon enseignement à retenir face à l’IA. Ni la dénier, ni la subir, mais s’en saisir comme d’un outil qui rend possible des formes d’expression et des métiers que nous ne pouvons pas encore imaginer aujourd’hui.

Reste à savoir si nos institutions, nos systèmes éducatifs et nos politiques d’accompagnement auront la souplesse nécessaire pour faire en sorte que ce déplacement bénéficie au plus grand nombre, et pas seulement aux 10 % les plus créatifs. C’est, finalement, la vraie question politique que pose l’IA.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Penchez-vous plutôt sur un effet destruction, de création ou de déplacement d’emplois ? N’hésitez pas à partager votre point de vue en commentaire. Vous trouverez aussi l’ensemble de mes billets sur l’IA dans la rubrique dédiée.


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