Expatriation en Chine pendant la Covid : témoignage d’un entrepreneur français

Que faire lorsqu’un séjour prévu pour quelques jours se transforme en véritable expatriation en Chine à cause de la Covid ?

C’est la situation à laquelle a été confronté Daniel Chesneau, dirigeant de la société française Halluciné, spécialiste de la projection de films en plein air. En février 2020, il débarque à Shenzhen, au sud de la Chine, pour ce qui ne devait être qu’une visite de routine de ses fournisseurs dans le pays.

Mais en raison de l’épidémie de Covid-19, rien ne s’est passé comme prévu.

Loin de céder à la panique, Daniel Chesneau a su transformer ces circonstances exceptionnelles en une occasion de vivre une expérience unique. Faisant sienne la maxime chinoise selon laquelle une bénédiction peut se cacher dans les circonstances les plus tragiques (sai weng shi ma), il a accepté de partager son expérience dans cette vidéo.

Soirée trop arrosée ? Didi se plie en quatre pour vous raccompagner [innovation chinoise]

Si l’innovation chinoise sur Internet reste en retrait du point de vue strictement technique (du moins si l’on en croit Pony Ma, PDG de Tencent), sa créativité en matière de services ne laisse pas d’étonner. Aux côtés de la distribution, le domaine de la mobilité urbaine est l’un des plus novateurs. Ainsi, Didi Chuxing, connue notamment pour son service de VTC ou encore pour sa flotte de vélos en free-floating, propose dans son application mobile un service bien pratique après un repas un peu trop arrosé.

Cette innovation chinoise vous permet de commander un chauffeur qui va vous raccompagner chez vous au volant de votre voiture. Contrairement aux chauffeurs de VTC, ces chauffeurs un peu particuliers utilisent des vélos électriques pliables pour se rendre sur le lieu de rendez-vous.

Le chauffeur Didi pose fièrement à côté de sa monture
Le chauffeur Didi pose fièrement à côté de sa monture

Comme souvent en Chine, le prestataire se montre extrêmement soigneux.  Avant de ranger son vélo dans le coffre de votre véhicule, il commence par déplier à l’intérieur un drap de protection.

Drap de protection posé dans le coffre par le chauffeur Didi avant de ranger son vélo
Drap de protection posé dans le coffre par le chauffeur Didi avant de ranger son vélo

En un tour de main, le chauffeur plie et range le vélo dans le coffre.

Le vélo électrique du chauffeur Didi plié dans le coffre de la voiture
Le vélo électrique du chauffeur Didi plié dans le coffre de la voiture

Avant de s’installer à la place du conducteur, le chauffeur Didi déploie un drap sur le fauteuil pour ne pas salir.

Le chauffeur Didi recouvre le siège conducteur d'un drap avant de s'installer
Le chauffeur Didi recouvre le siège conducteur d’un drap avant de s’installer

La dernière fois que mon épouse et moi avons eu recours à ce service, il nous en a coûté 70 RMB (un peu moins de 10 euros), pour un trajet d’une vingtaine de kilomètres la nuit. Ce tarif modéré est accessible aux classes moyennes chinoises.

Une fois sa mission accomplie, le chauffeur récupère son vélo et va à la rencontre de son prochain client.

Mission accomplie ! Le chauffeur Didi repart sur son vélo électrique
Mission accomplie ! Le chauffeur Didi repart sur son vélo électrique

Un tel service serait-il envisageable en France ? Le coût du travail étant ce qu’il est dans l’Hexagone, rien n’est moins sûr. Il serait en effet bien compliqué, chez nous, de fixer un tarif suffisamment bas pour que le service soit accessible au consommateur et suffisamment haut pour permettre à la fois aux chauffeurs de vivre et à la société éditrice du service de dégager un profit. Et puis je ne suis pas sûr que les candidats prêts à parcourir des dizaines de kilomètres entre deux courses, à vélo – fût-il électrique -, la nuit, pour un salaire modique, se bousculeraient au portillon.

Découvrez une autre innovation chinoise avec mon reportage dans une épicerie 100% automatique.

HarmonyOS : Huawei annonce son Big Bang

Qu’y avait-il avant le Big Bang ? Peut-être rien, peut-être un état prélude à la naissance du monde.

La mythologie chinoise apporte sa propre réponse : avant la création du monde, l’univers était un esprit chaotique, une vitalité primordiale appelée Hongmeng (鸿蒙).

Ce n’est sûrement pas un hasard si Huawei a choisi ce nom pour son tout nouveau système d’exploitation maison, Hongmeng OS, traduit en anglais par HarmonyOS. La marque entend bien inaugurer une nouvelle ère dans l’univers de l’électronique grand public.

Richard Yu, Huawei
Richard Yu, Huawei

C’est vendredi 9 août, lors d’une conférence de développeurs de Huawei Technologies à Dongguan, dans le Sud de la Chine, que Yu Chengdong (余承东), alias Richard Yu, CEO de la branche Consumer Business Group, a dévoilé Harmony OS.

Sa présentation a mis l’accent sur les trois principales caractéristiques du nouvel OS : l’universalité,  la sécurité et la compatibilité.

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Codes QR : en Chine, un sésame qui ouvre toutes les portes…même les mauvaises

Wikipédia définit le code QR (de l’anglais Quick Response) comme un « code-barres constitué de modules noirs disposés dans un carré à fond blanc. L’agencement de ces points définit l’information que contient le code. »

Ce visuel peut être scanné par un appareil spécialement conçu à cet effet ou par un simple smartphone, qui vont décoder le message.

Par exemple, en scannant le code QR suivant, vous accéderez directement à mon profil Linkedin :

Code QR menant au profil Linkedin de Jérôme Delacroix
Code QR menant à mon profil Linkedin

 

 

 

 

 

 

 

Pour la petite histoire, c’est l’entreprise japonaise Denso-Wave qui a inventé le code QR en 1994. Elle consacre un site Web dédié à son invention, sur lequel vous pourrez tout savoir sur l’histoire et les usages du code QR.

S’il est un pays où le code QR est vraiment populaire, c’est bien la Chine. Les Chinois utilisent la technologie des codes QR des dizaines de fois chaque jour : pour ouvrir les portiques du métro, pour accéder aux locaux de leur entreprise, pour pénétrer dans une épicerie automatisée, pour payer au restaurant, etc. En matière de paiement mobile, justement, il est frappant de voir comment une technologie aussi simple que le code QR, ne nécessitant pas de puce spéciale dans le téléphone, a permis une explosion du phénomène en Chine, au point que l’on évoque une possible disparition de l’argent liquide dans le pays. A l’inverse, en France, le m-paiement reste confidentiel (à peine 10 millions de transactions en 2018) malgré les solutions sophistiquées mises en oeuvre, notamment celles à base de puces NFC (paiement sans contact).

Parmi les usages les plus répandus des codes QR en Chine, il y a le fait de pouvoir déverrouiller un vélo en libre-service, comme ceux proposés par les sociétés Mobike ou Didi, en scannant une étiquette collée sur le vélo. (Le système dit de « free-floating » a fait des émules dans le monde, comme en témoigne la multiplication des trottinettes électriques à Paris).

Vélo en libre-service muni d'une étiquette comportant un code QR
Vélo en libre-service muni d’une étiquette comportant un code QR

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheureusement, des petits malins ont eu l’idée de détourner le système en recouvrant les étiquettes officielles par de fausses étiquettes comportant un code QR de leur confection. En scannant le code, l’utilisateur est renvoyé vers un faux site, ressemblant en tout point au site de la société de location. Il lui est alors demandé d’effectuer un paiement pour déverrouiller le vélo, par exemple en utilisant Wechat, Vous devinez la suite… Le paiement est bien effectué (vers le compte du fraudeur), mais le vélo reste désespérément bloqué.

Si des campagnes d’hameçonnage (phishing) utilisant les codes QR avaient déjà été repérées dans des e-mails, dès 2016, l’originalité ici est d’appliquer cette technique au paiement mobile sur des objets physiques.

Aujourd’hui, ce type de fraude est moins fréquent en Chine, car la supercherie a fini par être éventée. Mais ne doutons pas que les fraudeurs trouveront rapidement une autre idée…

J’ai fait mes courses dans un magasin automatique chinois

Après avoir révolutionné le commerce électronique en prenant d’emblée le virage du mobile (m-commerce), la Chine est en train de changer le visage du commerce de proximité.

C’est ce que j’ai pu vérifier lors de mon séjour récent à Pékin au travers du test d’un magasin automatique de la chaîne Bingobox.

Dans cette épicerie, vous ne trouverez aucun vendeur. Tout se fait en libre-service, comme vous le constaterez dans la vidéo ci-dessous.

En dessous de la vidéo, découvrez plus d’informations sur chacune des étapes à suivre pour faire ses courses chez BingoBox.

 

>> Première étape : installer l’application Bingobox

L’art de boire, en Chine et en France

白酒
白酒

L’alcool est une composante de la vie sociale aussi bien en Chine qu’en France, mais avec de notables différences.

D’abord, on ne boit pas la même chose. Le vin est une valeur sûre en France, riche en vignobles et en tradition viticole. En Chine, les repas sont généralement accompagnés de 白酒 (bai jiu), littéralement « alcool blanc » ou « vin blanc ». Il s’agit d’alcool de sorgho, qui titre entre 35 et 53 degrés, dont les deux marques les plus célèbres (et les plus chères) sont Moutai et Wu liang ye.

On ne boit pas non plus dans les mêmes verres. Alors que la contenance d’un verre à vin est comprise entre 8 et 14 cl, un verre à baijiu est souvent tout petit, ce qui permet de multiplier les toasts.

Ce qui nous amène à la manière de boire en société. Il est de coutume, en France, de trinquer avec les autres convives ou de lever son verre en leur honneur, au début du repas. Ensuite, chacun déguste son verre à son rythme. Cela dénote, me semble-t-il, une dimension individualiste assumée dans le plaisir du vin. En France, on assume de prendre son verre et de le porter à ses lèvres en solo, de boire et d’y prendre du plaisir, au nez et à la barbe, si j’ose dire, de la personne que l’on a en face de soi.

Il en va tout autrement en Chine, où l’on ne boit pas seul. Il convient d’inviter les convives à boire avec soi, à chaque verre, et en respectant des priorités : trinquer d’abord avec celui qui invite, avec le chef, avec l’aîné, etc. En matière d’alcool, on ne prend pas son pied tout seul lorsque l’on est entouré. La manière de trinquer répond aussi à un décorum bien particulier. On se lève pour inviter une personne parfois située de l’autre côté de la table, on échange quelques mots, puis on fait cul-sec (干杯, ganbei, ou « verre propre ») avant de montrer ostensiblement à son interlocuteur que l’on a vidé son verre et de retourner à sa place, ou de poursuivre la tournée des toasts.

Après quelques années de pratique (oui, j’ai donné de ma personne !), j’apprécie cette façon de faire : on ne boit pas pour boire mais avant tout pour créer ou nourrir du lien social. Pour un occidental, toutefois, cette façon de boire peut manquer de spontanéité et ne permet pas de se détendre totalement. Elle conduit aussi, surtout lorsque les convives sont nombreux, à boire beaucoup plus, et à boire même quand on n’en a pas envie : on ne refuse pas un toast quand on y est invité. Mieux vaut ne pas prendre le volant ensuite !

Boire avec modération est bien difficile en Chine…

Mon avis sur le documentaire d’Arte « Le monde selon Xi Jinping »

Le monde selon Xi Jinping
Le monde selon Xi Jinping

Arte a diffusé la semaine dernière un documentaire au contenu très riche sur la transformation de la Chine sous l’égide de Xi Jinping.

Ce documentaire (actuellement visible sur YouTube) est une vulgarisation de la mutation engagée par la Chine depuis l’accession au pouvoir du président Xi en 2012. Son grand mérite est de fournir des informations au grand public sur quantité de sujets : histoire personnelle de Xi Jinping, réforme constitutionnelle chinoise, politique de lutte contre la corruption, contrôle de l’information et des médias sociaux, approche de la diplomatie et de la géopolitique, développement de l’armée, etc.

Son grand défaut est qu’il est un documentaire à charge contre Xi Jinping, qui place d’emblée la Chine du côté des adversaires menaçants. Il commence par une psychanalyse sauvage de Xi, tentant d’expliquer son orthodoxie communiste par un traumatisme qu’il aurait vécu pendant son enfance et par le rude traitement qu’il a subi au moment de la Révolution culturelle. Fond sonore effrayant à l’appui, Xi Jinping est presque décrit comme un malade, se voulant plus communiste que Mao pour expier une faute familiale originelle.

Ce genre d’analyse psychologisante à distance est hautement critiquable. J’ai d’ailleurs failli arrêter de visionner le documentaire après les 15 premières minutes tant cet angle m’énervait…

Heureusement, le reste du documentaire s’est avéré plus intéressant, même si toujours orienté de manière critique contre la Chine. Il décrit bien, par exemple, la stratégie d’influence chinoise par le commerce au travers des « nouvelles routes de la soie » voulues par Xi Jinping. Surtout, il met l’accent sur la grande force de la Chine : la vision à long terme de ses dirigeants. Un symbole : le Parti Communiste Chinois (le PCC) a les yeux rivés vers 2049, qui doit correspondre au centenaire de la création de la République Populaire de Chine. L’objectif fixé au pays est clair : à cette date, il doit être la première puissance économique mondiale.

Le documentaire laisse entendre qu’au-delà de l’économie, c’est une hégémonie globale que vise la Chine. Le PCC voudrait imposer son modèle social et politique au reste du monde. En cela, il prend le contrepied total des déclarations de Xi qui a, à de maintes occasions, affirmé que la Chine ne s’immiscerait jamais dans l’organisation interne des autres pays, et qu’elle ne recherchait pas à dominer le monde.

Cela paraît difficile à croire pour les Occidentaux qui ont historiquement recherché à imposer leur modèle aux autres pays. La Chine super-puissance sera-t-elle capable de résister à cette tentation ?

Une chose est sûre, en tout cas. Le documentaire diffusé sur Arte s’inscrit dans une logique de lutte entre blocs, voire de lutte entre les civilisations. Dans le film, la Chine n’est pas considérée comme un partenaire avec lequel il serait souhaitable de construire des coopérations, mais comme un rival qu’il convient de contenir. Qui plus est, la tonalité d’ensemble du film est défaitiste. Le match paraît plié.

On ne peut que regretter cette approche mettant l’accent sur les antagonismes entre les pays, négative et souvent caricaturale. Le monde selon Xi Jinping est donc un documentaire riche et instructif, mais à prendre avec des pincettes.

Chine : des équipements simples pour rester en forme

Il est toujours étonnant pour un Français qui arrive en Chine de voir combien les personnes âgées dans ce pays prennent soin de leur condition physique. L’été, le jour à peine levé, vers 5 ou 6 heures du matin, elles sont déjà nombreuses à s’activer dans les jardins : danse de l’éventail, Qi Gong, Tai Chi ou tout simplement gymnastique, elles regorgent de dynamisme. Cette vitalité, on la retrouve dans les bals ayant lieu chaque soir sur les places. Plus généralement, on trouve partout, dans les squares et dans les jardins, des équipements sportifs très simples, utilisés par tous, toutes classes d’âge confondues.

Barre de traction dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Equipement de gymnastique dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Equipement de gym dans un square à SanYa (Hainan, Chine)

Tout un chacun peut ainsi se livrer à des exercices d’assouplissement, d’étirement, à des tractions, etc. Les mamans qui surveillent leurs enfants bavardent tout en faisant ces exercices.

A quand de tels équipements dans nos squares et nos jardins ?

5 choses que je n’ai pas vues en Chine

Lors de mon séjour en Chine en décembre 2013, je n’ai pas vu :

  • de nuages

Le ciel était soit très bleu (temps froid sec à Pékin et chaud à SanYa), soit couvert. Mais lorsqu’il était couvert, c’était de smog, ce mélange de pollution et de brume. Ainsi, dans le parc naturel de Yanoda, à Hainan, on devrait avoir une splendide vue depuis la montagne. Mais à cause du smog, la vue se résume à ceci :

Smog à Hainan
Smog à Hainan
  • de mendiants

Ni dans la rue, ni dans le métro à Pékin.

  • de foie gras

Dommage, pour les fêtes de fin d’année

  • de seins nus sur les plages de Hainan

Dommage, pour les fêtes de fin d’année.

  • de cigarettes électroniques

En revanche, les hôtels comportent toujours des chambres fumeurs, ce que je n’avais pas vu depuis longtemps, et on peut fumer dans les restaurants.

Comment le sentiment anti-japonais se diffuse chez les Chinois

Caricature française (début XXème) : Chine et Japon tentant de
Caricature française (début XXème) : Chine et Japon tentant de « pêcher » la Corée, avec la Russie en arrière-plan

Ce n’est rien de dire que les exactions perpétrées contre la Chine par le Japon au XXème siècle ont laissé une plaie à vif dans la société chinoise. Le récent regain de tension entre les deux pays n’a fait qu’exacerber un sentiment anti-japonais dans la population chinoise. Cela se ressent dans les conversations que l’on peut avoir avec des Chinois et dans la place accordée à la crise sino-japonaise dans les médias. Mais cela se traduit aussi dans les programmes de divertissement diffusés à la télévision ! Ainsi, les fictions historiques sont un genre développé en Chine, et j’ai pu constater combien l’histoire compliquée et douloureuse avec le Japon était une source d’inspiration sans fin  pour les scénaristes ! Mais ce qui m’a le plus frappé lors de mon séjour récent en Chine, c’est un dessin animé diffusé à la télévision et qui s’intitule « frappez les envahisseurs ». Il raconte l’histoire d’un village chinois occupé par des soldats japonais, largement tournés en ridicule. Il me semble que ce genre de programme ne fait que nourrir l’animosité entre les deux peuples, dès le plus jeune âge, et je dois dire que cela m’a choqué.